Suppression de la valeur locative : et si la vraie question n’était pas celle que vous vous posez ?

29 mai 2026

Pourquoi amortir son hypothèque n'est peut-être pas le bon réflexe. Et quelle réflexion devrait réellement guider votre décision

La réforme de la valeur locative occupe les esprits, et avec elle revient une question que j’entends sur tous les tons :

« Faut-il que j’amortisse mon hypothèque ? »

A première vue, la question semble logique. Si l’avantage fiscal lié à la déduction des intérêts hypothécaires disparaît, autant rembourser sa dette, n’est-ce pas ?
Pas si vite. Cette question, aussi populaire soit-elle, masque le véritable enjeu. Et passer à côté du bon raisonnement peut vous coûter, silencieusement, des milliers de francs chaque année.

Voici pourquoi, et surtout, voici la question qu’il faudrait vraiment se poser.

La question que tout le monde pose… et qui n’est pas la bonne.

Depuis l’annonce de la suppression de la valeur locative, les propriétaires suisses cherchent à anticiper. La réflexion la plus courante consiste à se demander s’il faut accélérer l’amortissement de son hypothèque, partant du principe que la déduction fiscale des intérêts passifs perd de son intérêt.
Le raisonnement n’est pas faux. Il est simplement incomplet.
La vraie question, celle qui devrait guider votre arbitrage, est la suivante :

Mes liquidités me rapportent-elles davantage que ce que me coûte réellement ma dette ?

Cette question est essentielle. Elle l’était hier, elle l’est aujourd’hui, et elle le restera après la réforme. La valeur locative n’est qu’un paramètre parmi d’autres dans une équation patrimoniale plus large.

Un exemple chiffré qui change la perspective:

Prenons une situation concrète. Vous disposez de 200’000 CHF de liquidités sur un compte courant ou d’épargne rémunéré à 0 %. En parallèle, vous avez une hypothèque de plusieurs centaines de milliers de francs au taux de 2 %, ce qui représente 4’000 CHF d’intérêts annuels.
La réponse classique fuse : « Mais ces intérêts, je les déduis de mes impôts. » Exact. Mais c’est précisément ici qu’il faut affiner le raisonnement.

Le taux marginal d’imposition : une notion mal comprise

Lorsque vous déduisez vos intérêts hypothécaires, vous ne récupérez pas un franc pour chaque franc déduit. Vous récupérez un pourcentage, celui de votre taux marginal d’imposition, c’est-à-dire le taux auquel est imposé le dernier franc que vous gagnez.
Concrètement : avec un taux marginal de 30 %, chaque franc d’intérêts déduit ne vous fait économiser que 30 centimes d’impôt.
Revenons à notre exemple :

Intérêts payés : 4’000 CHF
Économie fiscale (à 30 %) : 1’200 CHF
Coût réel net : 2’800 CHF

Autrement dit, 70 % du coût de votre dette ne vous profite pas. Ces 2’800 CHF partent directement dans la poche de votre établissement bancaire. Pendant ce temps, vos 200’000 CHF dorment à 0 % et ne produisent strictement rien.

A qui profite la situation ?

Posons la question franchement : qui a intérêt à ce que vous conserviez simultanément une dette importante et des liquidités dormantes ?
Votre banque.
D’un côté, il utilise vos dépôts pour octroyer d’autres crédits, sur lesquels il prélève une marge. De l’autre, il encaisse vos intérêts hypothécaires, sur lesquels il prélève également une marge. Double bénéfice pour lui, pas pour vous.
Ce n’est pas une critique du système bancaire, c’est simplement une réalité à laquelle il faut être attentif lorsqu’on construit sa stratégie patrimoniale.

Faut-il alors tout amortir ?

Pas nécessairement. Et c’est ici qu’intervient la véritable réflexion patrimoniale.
Maintenir une hypothèque peut avoir du sens à une condition : que vos liquidités soient réellement mises au travail et génèrent un rendement net, après impôts et après inflation, supérieur au coût réel de votre dette.

Cela suppose plusieurs choses :

D’abord, un plan d’investissement structuré. Pas des liquidités qui stagnent par habitude, par confort ou par crainte. Beaucoup conservent des sommes importantes sur leurs comptes « au cas où », sans réaliser qu’elles perdent silencieusement du pouvoir d’achat chaque année.

Ensuite, une vraie lucidité sur le risque. Investir implique d’accepter une certaine volatilité, et tous les profils ne la supportent pas de la même manière. C’est une donnée personnelle, intime même, qui doit être discutée avec sérieux. Ce n’est pas un détail technique, c’est la pierre angulaire de toute stratégie financière saine.

Enfin, une vision à long terme. L’arbitrage entre amortissement et placement ne se joue pas sur une année. Il se construit sur une décennie, parfois davantage.

La réforme : un déclencheur, pas une cause

La suppression de la valeur locative ne devrait pas être l’élément qui déclenche cette réflexion. Elle devrait simplement servir de rappel : il est temps de regarder votre situation patrimoniale dans son ensemble, avec lucidité.
Personne ne jette consciemment son argent par les fenêtres. Et pourtant, par manque d’analyse, des milliers de francs s’évaporent chaque année dans des dizaines de foyers suisses, pour le plus grand bénéfice de tiers.

La bonne question n’est donc pas « faut-il amortir mon hypothèque ? ». C’est « mon patrimoine travaille-t-il pour moi, ou est-ce que je travaille sans m’en rendre compte, pour quelqu’un d’autre ? »

Et maintenant ?

Si cet article a fait écho à votre situation, ou si vous avez le sentiment que vos liquidités méritent une stratégie plus aboutie, prenons le temps d’en parler.

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